Quand la fin est proche
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La mort et transformations physiques

Bien que l’expérience de la maladie varie d’une personne à l’autre, il y a tout de même des généralisations quant à la manière dont une maladie affaiblit le corps d’une personne à l’approche de la mort. Certaines affections médicales touchent les systèmes vitaux du corps : système nerveux et cerveau, poumons, cœur et vaisseaux sanguins et même le système digestif, y compris le foie et les intestins.

Au fur et à mesure que la maladie progresse, il y a un point où le corps n’est plus en mesure de retirer la valeur nutritive des aliments; ce qui mène à une perte de poids et à la fatigue. Le patient passe plus de temps à se reposer et, pendant les derniers jours avant le décès, le patient dort la majeure partie de la journée. Les différents systèmes s’affaiblissent graduellement et cessent enfin de fonctionner.

Au terme de la maladie, le décès est généralement attribuable à l’une des causes suivantes.

  • Une complication spécifique de la maladie
    Par exemple, le cœur pourrait s’arrêter chez les gens atteints d’une maladie cardiaque avancée, ou encore les reins pourraient cesser de fonctionner chez les personnes souffrant de maladie rénale.
     
  • Un accroissement du fardeau de la maladie
    Les gens connaissent une réduction marquée de force ou d’énergie et dorment la majorité du temps lorsque les systèmes commencent à cesser de fonctionner. Le décès se produit lorsque le cœur s’arrête, car il ne peut plus fonctionner sans les autres organes.
     
  • Une infection
    Aux dernières heures, quand la personne dort profondément et n’est pas conscient de son environnement, une infection des poumons (la pneumonie) se développe car le patient est incapable de dégager les sécrétions pulmonaires normales. Cette infection ne réagit pas aux antibiotiques à cause de la fragilité du patient et de son système immunitaire affaibli.


Évolution des changements

L’approche du décès s’accompagne d’une série de signes indiquant aux soignants que le corps est en voie de cesser de fonctionner. Les signes suivants sont présentés selon l’ordre dans lequel ils se manifestent. Remarquez bien que si le décès est attendu dans quelques heures ou jours, les soins viseront le confort du patient et non la continuité des examens et des traitements. De plus, la famille voudra peut-être envisager la possibilité d’exécuter certains rituels religieux, spirituels ou culturels précédant ou au moment du décès. Si c’est le cas, il serait bien de prendre contact avec ceux qui voudront y participer et d’en informer l’équipe de soins de santé.


Le déclin des capacités

Aux dernières semaines d’une maladie grave et progressive, il y a généralement une baisse considérable d’énergie et du fonctionnement quotidien. On note en particulier le moment à partir duquel le patient n’est plus capable de sortir du lit. Lorsque ceci est attribuable à l’impact de la maladie sur le corps et non à un problème particulier qui peut se régler, ceci est possiblement un signe qu’il ne reste que quelques jours ou quelques semaines de vie au patient.

La maladie pourrait sembler « s’accélérer » lorsque le patient devient de plus en plus faible. Cette baisse d’énergie se manifeste particulièrement dans les derniers jours de vie, alors que les gens peuvent passer d’un état d’indépendance à un autre où ils dorment de façon régulière.

Pour mieux comprendre pourquoi on assiste à des changements si radicaux de l’état du patient, on n’a qu’à comparer l’énergie qui nous permet d’endurer la journée à de l’argent en banque. Quand nous nous portons bien, nous sommes capables d’accumuler nos réserves d’énergie en mangeant bien, en faisant de l’exercice et faisant d’autres choix santé et de mode de vie sensés. Lorsqu’il arrive une maladie grave, elle nuit à la capacité du corps d’accroître les réserves d’énergie. Par analogie à l’exemple précité, c’est comme si vous étiez privé des moyens de gagner de l’argent pour faire fructifier vos économies en banque.

Dans de telles circonstances, nous devons puiser dans les épargnes existantes afin de pouvoir endurer chaque journée. Lorsque les réserves de notre corps (épargnes) sont presque épuisées, on constate des changements marqués de l’apparence de la personne. Les patients passent plus de temps au lit au détriment des activités. Lorsqu’il y a manque d’énergie, il semble y avoir soudainement un changement important. La personne n’a plus l’énergie requise pour rester éveillée, pour communiquer ou pour ingérer des aliments ou des liquides. Ce changement indique habituellement que le patient en est à ses derniers jours ou, peut-être, ses dernières heures de vie.

Ce manque d’énergie nous aide à comprendre les autres scénarios que l’on remarque juste avant le décès.

Changements radicaux au niveau de la santé physique

L’état de santé d’un patient peut varier sensiblement d’une journée à l’autre, ou même pendant la journée même. Le patient peut se sentir bien et tout à coup son état se détériore et le patient peut être près de la mort. Ceci est compliqué et épuisant pour les proches et la famille qui ne savent plus à quoi s’attendre. Pour comprendre pourquoi ces changements risquent de survenir, envisagez encore une fois les avantages d’avoir une réserve (la force physique et l’énergie) : cette réserve vous donne une source à laquelle puiser quand des problèmes surgissent. Sans ces réserves, la vie peut passer de bien à mal en peu de temps, car il n’y a rien pour contrer ou empêcher cette perte d’énergie.

La difficulté à se remettre du traitement

Des traitements, dont la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie, sont des exemples où un patient effectue un « retrait » de réserves d’énergie. Dans les cas d’une maladie avancée, le corps ne peut plus combler ces réserves, et l’équipe de soins de santé n’est plus en mesure d’évaluer la réserve d’énergie qui reste au patient. Il est possible qu’un traitement retire des réserves qui dépassent l’énergie dont dispose le patient en réserve. Dans de tels cas, la personne s’affaiblit de plus en plus et ne se remettra jamais du traitement.

Les améliorations soudaines

La famille et les proches peuvent trouver surprenants toute amélioration soudaine de l’état du patient dont la santé semble se détériorer. Ce changement peut indiquer qu’un nouveau problème s’est réglé. Par exemple, une personne atteinte d’une maladie grave a pu avoir contracté une infection virale mineure comme le rhume ou une grippe modérée. Ou encore, il se peut qu’ils aient un peu le cafard – comme nous le connaissons tous de temps à autre – là où le patient ressent, pour aucune raison, un manque d’énergie. Cependant, pour celui qui est faible, ces « mauvais journées » peuvent aboutir à une baisse de fonctionnement, suivie d’une amélioration surprenante le lendemain où le niveau d’énergie augmente pour une raison inconnue. Les gens qui sont en bonne santé physique ont des réserves pour atténuer ces changements rapides; ainsi, les changements sont moins évidents.


Déclin de la vivacité d'esprit

La famille et les amis s’aperçoivent souvent que la personne est moins éveillée et plus isolée de son environnement social. Ceci est attribuable à des problèmes physiques, telle un niveau d’énergie réduit, voire à des facteurs d’ordre affectif ou spirituel. Si ces derniers semblent être à l’origine du retrait social, la famille et les amis voudront peut-être envisager la possibilité de se tourner vers des sources de soutien, tel un membre du milieu religieux à qui l’on peut demander de rendre visite au patient. Pendant les derniers jours ou les dernières heures, les patients peuvent être « calmement confus ».

Les conversations - M’entend-on?

On ne peut s’attendre à ce que le patient qui en est à ses derniers jours participent de façon régulière à une conversation. La famille voudrait peut-être une dernière conversation profonde et regrettera le fait de ne pas avoir cette occasion. Néanmoins, même si la personne mourante est inconsciente, la famille ou les amis qui aimeraient dire quelque chose doivent être encouragés à parler au patient. Peut-être préféreraient-ils demander aux autres de quitter la chambre pour lui permettre de parleur seul au patient.

Il n’y a pas de moyen de savoir si le dialogue est entendu ou compris par le cerveau du patient lorsque le décès approche, mais nous savons que l’ouïe est l’un des sens le plus aigu. Par exemple :

  • Quand on administre l’anesthésie pour la chirurgie, les patients deviennent peu à peu inconscients et la dernière chose qu’ils retiennent est le bruit dans la salle d’opération.
  • Il est peu fréquent que les personnes perdent leur sens de l’ouïe dû à une affection qui ne touche que le cerveau, comme par exemple un accident cérébrovasculaire. L’ouïe est branchée à plusieurs régions du cerveau, la rendant ainsi très résistante.
  • Parfois on entend parler de gens qui se réveillent du coma à la suite d’une affection temporaire, comme une blessure à la tête, et qui se souviennent avoir entendu des bribes de conversation alors qu’ils étaient dans un état comateux.

Parler à une personne mourante peut être enrichissant, même si la personne ne semble pas être en mesure de répondre. Un dernier adieu est peut-être tout ce qui est voulu et on doit toujours l’encourager.

Parfois, on a l’impression que la personne mourante a besoin non seulement de la permission de « partir » … mais également d’entendre de ses proches qu’ils pourront bien continuer après son décès et qu’il peut partir.

Si nous supposons que l’ouïe ou un certain niveau de conscience reste intacte chez la personne mourante inconsciente, il faudrait rester sensible quant aux sujets abordés en sa présence. Il est fortement recommandé de discuter de sujets délicats ou qui pourraient bouleverser la personne mourante (par exemple, différends familiaux ou discussions franches quant au moment prévu pour la mort) dans une autre pièce.

Que devrais-je faire au chevet de la personne mourante?

La famille et les proches peuvent ressentir la nécessité de faire ou de dire quelque chose quand ils sont en présence du patient. Cependant, leur présence est parfois plus importante que toute parole ou action. Souvent la famille poursuit son train-train habituel : causer, lire, rigoler, jaser, regarder la télé… soit d’agir en famille. C’est sans doute ce qui plairait le plus à la personne mourante … le fait que la famille se soutienne.

L’équipe de soins de santé peut aussi aider les proches à assurer le maximum de confort chez la personne mourante. On pourrait, par exemple, hydrater les lèvres sèches.
Voir aussi : La prestation des soins

Réflexes

En passant du temps au chevet du patient, la famille et les amis peuvent remarquer le développement de certains réflexes chez le patient, ce qui pourrait les déranger s’ils ne comprennent pas ce qui se passe. Les patients qui éprouvent une faiblesse dans le fonctionnement du cerveau (ceux qui sont au point de mourir d’une maladie ou ceux qui ont eu un accident cérébrovasculaire ou une autre maladie qui touche le cerveau) pourraient bien exhiber des réflexes archaïques que l’on observe souvent chez les nouveau-nés. En particulier, les familles pourraient remarquer :

  • Réflexe d’agrippement
    Quand on met quelque chose dans la main du patient, il y a un réflexe pour saisir l’objet, surtout si on essaie de le retirer lentement. Ceci pourrait déranger celle qui tient la main de son bien-aimé inconscient car elle trouve qu’il lui retient la main plus fortement quand elle essaie de partir, comme pour lui dire « Ne me quitte pas ». En réalité, ce n’est qu’un réflexe inconscient de la part du patient. Mais il est bien difficile de quitter le chevet de quelqu’un si on a l’impression qu’il nous y retient.

  • Réflexe de succion
    Quand on met un objet dans la bouche du patient, ce geste provoque chez lui un réflexe où il ferme la bouche soudainement, surtout quand on tente de retirer l’objet. En hydratant la bouche à l’aide d’éponges ou de chiffons humectés, par exemple, on pourrait avoir l’impression que le patient a bien soif alors qu’il fait un grand effort pour garder les objets dans sa bouche. On pourrait se sentir coupable de ne pas pouvoir soulager la soif, mais ce n’est pas la soif ou la faim qui pousse le patient à serrer fort la bouche; c’est plutôt l’acte réflexe.

  • Réflexe des points cardinaux
    Quand le patient tente d’approcher la bouche d’un objet qui touche le visage près de la bouche, vous pourriez avoir l’impression que le patient a soif ou faim. Encore, ce n’est qu’un réflexe qui se manifeste chez ceux dont le cerveau ne fonctionne plus correctement ou se développe comme chez le nouveau-né.

Le dilemme des visites de la part des connaissances de passage

Les contacts sociaux nous sont très importants, du moins chez la plupart des gens. Certaines personnes aiment exprimer cette liaison en rendant visite au malade; ce qui confirme au mourant l’impact qu’il a eu dans leur vie.

Les visites occasionnelles de la part de connaissances de passage doivent être brèves et on doit leur demander de respecter les heures de visite prescrites. La famille pourrait décider d’éliminer de telles visites. Ni les mourants ni les familles ne doivent ressentir l’obligation sociale de rencontrer ces connaissances ou de les distraire. On pourrait toujours les remercier de leur bonté et de leur intérêt, tout en leur disant que ce n’est pas un moment propice pour visiter. En milieu hospitalier, le personnel peut se charger de limiter les visites pour que la famille n’ait pas à s’inquiéter de la situation gênante.


Perte des sensations de faim et de soif

Quand la mort approche, il y a peu ou pas d’appétit pour la nourriture ou les liquides.

Le corps n’étant plus en mesure de tirer profit des aliments, les amis et la famille ne doivent pas s’inquiéter si le mourant ne désire plus manger ou boire. Aux derniers jours et aux dernières heures, les mourants n’ont plus l’éveil leur permettant d’avaler en toute sécurité. Forcer le patient à manger dans de telles circonstances pourrait causer la nausée ou l’aspiration de la nourriture (où la nourriture descend par erreur la voie aérienne).

Le cycle naturel du déclin physique des derniers jours se caractérise par des signes manifestes de faiblesse et de somnolence, ce qui mène à une baisse de consommation de liquides qui, à son tour, perpétue le cycle. À un moment donné, le manque de liquide aboutira à la déshydratation. Les personnes déshydratées ont éprouvé une perte excessive d’eau. Par conséquent, certains systèmes (notamment le système rénal) ne peuvent plus bien fonctionner.

La déshydratation est un élément normal du processus de mort, mais ce n’est pas la même chose que d’avoir soif. Pour les mourants, la soif est normalement liée aux sensations d’assèchement au niveau de la bouche. On peut remédier à cette situation en soignant la bouche à l’aide d’une éponge ou d’un chiffon humectés ou encore d’un nébuliseur – que l’on peut se procurer dans certains magasins.

La famille et les amis peuvent se rassurer que les personnes au seuil de la mort ont rarement faim et que le manque d’alimentation n’a pas pour effet de réduire leur force ni de raccourcir leur vie. Une consommation réduite de liquides, elle aussi, s’inscrit par nature dans le cadre du processus de mort.
Voir aussi : La prestation des soins


Difficulté avec les médicaments

Comme on doit s’y attendre, la personne qui est près de la mort aura de la difficulté à avaler les médicaments. Les fournisseurs de soins de santé doivent s’y préparer en déterminant de quelle façon les médicaments devraient être administrés au patient. Il peut s’agir de : mettre le médicament sous la langue; d’administrer le médicament par injection sous-cutanée (sous la peau) ou sur la peau avec un timbre; ou avoir recours aux suppositoires dans le rectum. Si les soins au patient sont assurés à domicile, ces équipements médicaux doivent être à portée de la main du soignant avant que l’acte d’avaler devienne problématique. La planification à l’avance vous évite le souci d’aller chercher des médicaments lorsque la pharmacie est fermée. Ceci assure également qu’il n’y ait pas d’interruption dans l’administration des médicaments nécessaires pour assurer le confort du patient. On devrait profiter des discussions avec l’équipe de soins de santé pour faire le point sur les médicaments administrés au patient. Il y aurait peut-être lieu de cesser de lui administrer les médicaments non essentiels à son confort (par exemple, les médicaments contre le cholestérol). Mais on doit continuer d’administrer les médicaments qui permettent de gérer certains symptômes (la douleur, la nausée ou l’état de confusion).
Voir aussi : Administrer les médicaments


Confusion, agitation, hallucinations

Quand la mort approche, le cerveau éprouve les mêmes difficultés que les autres systèmes du corps. En effet, l’affaiblissement d’organes comme les reins, le foie et les poumons s’accompagne d’un état d’éveil réduit et d’un certain degré de confusion appelé un « délire ».

Les gens qui sont confus se sentent aussi effrayés et menacés par les gens et les choses qui les entourent; c’est ce qu’on appelle « être paranoïaque ». À certains égards, la paranoïa peut être perçue comme un mécanisme pratique d’auto-protection. Ainsi, il est mieux de tout voir comme menace si l’on n’arrive plus à comprendre l'environnement. Ce n’est généralement pas une bonne idée de tenter de contredire ce que dit un paranoïaque ou une personne confuse. Les désaccords pourraient bien nourrir leur sentiment d’insécurité. Il vaut mieux que vous acceptiez la détresse que le patient éprouve et que vous vous appliquez à faire un effort pour la démêler.

La confusion nuit aux soins, en plus de faire naître d’importants problèmes :

  • La famille peut être bouleversée auprès du malade lorsqu’elle entend et voit son être cher dire des choses qui offusquent quelqu’un et qui ne reflètent aucunement sa personnalité. Les enfants et les petits-enfants peuvent avoir peur d’être présents, et la famille pourrait avoir le sentiment d’avoir déjà perdu cette personne dont la personnalité n’est plus la même.
  • Il pourrait y avoir lieu de s’inquiéter que le patient se fasse mal ou blesse les autres si son état d’agitation devient trop sérieux.
  • L’équipe de soins de santé aurait peut-être du mal à administrer des médicaments, à baigner et à repositionner le patient.
  • Il y a un risque que les proches ne jugent plus le patient digne de respect, surtout si son comportement est gênant ou qu’il porte atteinte à la dignité.
  • La plupart des patients se sentiraient bouleversés s’ils se rendaient compte de leurs gestes. Une démarche à adopter pour en arriver aux décisions prises quant aux soins offerts aux patients confus consiste à les imaginer en train de se regarder de leur propre perspective (quand ils allaient bien). Quels seraient leurs sentiments face à de telles circonstances? S’ils avaient le choix, la plupart des patients n’accepteraient pas une telle confusion ou un tel comportement paranoïaque, car cela porterait atteinte à leur dignité; ils préféreraient plutôt prendre un sédatif.

Que se passe-t-il quand les gens sont désorientés?

À l’occasion, les personnes confuses interprètent mal les choses; elles prennent une patère pour une personne ou des vêtements par terre pour un chat ou un chien. C’est une illusion. D’autres fois, les gens éprouveront des hallucinations; c’est-à-dire que le patient voit, entend ou sent des choses qui n’existent pas.

Pour la personne qui vit des illusions et hallucinations, celle-ci peuvent effrayer, réconforter ou n’avoir aucun effet. Parfois les gens voient l’illusion de parents défunts ou vivants mais qui sont absents à l’instant même. Ces expériences représentent-elles quelque chose de spirituel ou de métaphysique, ou le cerveau est-il accablé par la maladie? De toute évidence, il n’y a pas de réponse définitive à une telle question. Quoi qu’il en soit, la démarche suivante pourrait être utile :

  • Si l’expérience réconforte la personne, on n’y gagne pas à traiter cette dernière avec des médicaments ou à remettre en question la véritable nature de l’expérience. Il suffit de reconnaître le confort que l’expérience apporte au patient.
  • Si l’expérience effraie ou menace la personne, il est important d’offrir à cette dernière autant d’appui que possible. Envisager la possibilité de recourir aux médicaments pour traiter les illusions ou les hallucinations et, si possible, en chercher les causes.

Voir aussi : La confusion

L’usage de sédatifs

Si le décès est une question de quelques jours ou heures et que le mourant est confus et agité, il n’y a pas de temps pour cerner les origines possibles de la confusion ou d’essayer différents traitements. L’approche qui convient le mieux pour calmer le patient consiste à administrer des médicaments qui font dormir le patient (par exemple, un sédatif).

Une fois qu’on donne un sédatif au patient dans de tels cas, il est probable que le patient restera endormi jusqu’à sa mort. Étant donné que la mort est si proche et que les troubles à l’origine de la confusion vont s’intensifier avec le temps, il est déconseillé de réduire la dose de sédatif de sorte à ramener le patient à un état de conscience. Les soins à ce stade-ci visent à faire en sorte que la sédation continue de donner l’effet désiré et que le patient reste endormi jusqu’à que la maladie suive son évolution naturelle. Ainsi, la mort surviendra suite à la maladie progressive sous-jacente.

Lorsque la famille essaie de trancher la question de la sédation, elle se demande parfois si les sédatifs auraient pour effet d’accélérer la mort. La famille, les amis et l’équipe de soins de santé doivent comprendre que la maladie sous-jacente pourrait mettre terme à la vie en quelques jours ou en quelques semaines; la durée du processus de mort ne sera pas raccourcie par la sédation accompagnée de doses adéquates de médicaments. En effet, la sédation a pour but de recourir à des doses qui favorisent le sommeil sans pour autant précipiter le processus de mort.


Changements physiques 


La circulation sanguine

La circulation sanguine baisse progressivement. Ceci cause des sensations de froideur au niveau des mains et des pieds, en plus de provoquer la formation de taches de couleur violette sur la peau, affection qu’on appelle « peau tachetée » ou « tiqueture ». Le cœur a tendance à battre plus rapidement mais moins fort, ce qui augmente la rapidité du pouls, le rendant difficile à détecter à l’occasion.

Le fonctionnement intestinal et vésical

Au fur et à mesure que le mourant s’approche de la mort, il consomme de moins en moins de nourriture et de breuvages; donc il y a moins de selles. En général, on ne juge pas nécessaire le traitement de la constipation dans les derniers jours de la vie du patient. Le soignant peut aider à gérer l’incontinence du patient à l’aide de produits absorbants pour adultes, de tampons imperméables et de produits conçus pour le nettoyage de la région rectale.

On observera par ailleurs une baisse de la production d’urine, car le patient consomme moins de liquides. Durant les quelques jours avant la mort, il n’y aura peut-être pas de production d’urine. Le recours à un cathéter inséré dans la vessie et relié à un sac de drainage est parfois le meilleur moyen de traiter l’incontinence urinaire. La présence d’un cathéter aide à prévenir la désintégration de la peau pouvant être causée par l’humidité.

Les changements respiratoires

Pour connaître le moment où la mort devrait se produire, on suit en général les changements respiratoires, entre autres :

  • la vitesse (taux) de la respiration;
  • la profondeur de la respiration (superficielle, profonde ou normale);
  • la régularité (mode) de la respiration;
  • les muscles utilisés dans la respiration;
  • la quantité de mucus ou de sécrétions qui peuvent s’accumuler dû à l’incapacité de tousser ou peut-être en raison d’une infection.

Bien qu’il n’y ait pas de séquences particulières à ces changements, il y a certains changements qui se manifestent couramment.

  • Les muscles utilisés dans la respiration
    Les muscles utilisés dans la respiration peuvent changer de sorte que les muscles à l’avant du cou soient utilisés. Les épaules peuvent aussi monter quand la personne respire. Ceci pourrait donner l’impression que le patient respire péniblement. Mais en l’absence de signes d’agitation ou de malaise, il s’agit simplement de l’emploi de différents muscles pour régler la respiration, qui est régie par les centres automatiques du cerveau (une sorte de « pilote automatique ».)

  • Les rythmes respiratoires
    En général, la respiration revêt un rythme régulier, presque mécanique, ce qui indique également que les centres automatiques du cerveau réglementent la respiration. Au départ, la respiration présente une profondeur normale et peut par la suite devenir moins profond mais à un rythme accéléré. Il peut aussi y avoir de longues pauses dans la respiration (apnée).

  • Les pauses dans la respiration
    Quand les pauses respiratoires arrivent, on observe des rythmes bien définis. Il y a des groupements de respirations rapides caractérisés au départ par des souffles légers qui deviennent de plus en plus profonds, suivis de souffles de moins en moins profonds. Il peut y avoir de 5 à 10 respirations par groupement, qui est ponctué d’une pause pouvant durer quelques secondes ou même jusqu’à 30 secondes. C’est ce qu’on appelle le rythme respiratoire « Cheyne-Stokes », qui se voit à l’occasion chez les aînés en bonne santé, surtout pendant le sommeil. Les changements de rythme respiratoire suggèrent généralement que les centres du cerveau qui contrôlent la respiration automatique s’affaiblissent, ce qui signifie que la mort pourrait arriver prochainement.

  • La respiration bruyante
    Il peut y avoir une accumulation de sécrétions pulmonaires qui produisent des bruits (gargouillements) qui peuvent bouleverser les gens près du lit. Mais ce n’est pas inquiétant pour le patient, qui est généralement inconscient. Certaines injections médicamentées sous-cutanées ou sous forme de timbre ou en gelée sur la peau peuvent aider à assécher les sécrétions quand il y a risque de malaise chez le patient. Traiter les sécrétions rend la visite de la famille et des proches plus agréable.

  • La respiration irrégulière
    Pendant les dernières heures et minutes, la respiration revêt un rythme irrégulier caractérisé par une bouffée, une pause, puis encore un souffle ou deux, suivis d’une autre pause. Il se peut qu’il y ait des intervalles de 15 à 30 secondes entre les respirations finales.

  • Les mouvements réflexifs
    Il peut y avoir des réflexes respiratoires irréguliers après la respiration finale. Ces mouvements ne sont pas signes de détresse.

Un regain d’énergie inattendu

Quelquefois, lorsque le patient est au seuil de la mort, on observe chez lui un regain d’éveil et d’interaction sans qu’on puisse l’expliquer. Bien que cet état soit de courte durée, la famille peut profiter de l’occasion pour partager des pensées et des sentiments avec le mourant, permettant ainsi de précieux rapprochements lors des derniers jours.

Ces fluctuations d’éveil inattendues et curieuses peuvent inquiéter et épuiser la famille, d’autant plus qu’elle se prépare à la perte d’un être cher. On pourrait même remettre en question la compétence de l’équipe de soins de santé qui confirmait à la famille la mort prochaine du patient. D’habitude, on n’arrive pas à déterminer la cause exacte de ces changements. Il est donc mieux de souligner à la famille l’importance de profiter de ce moment fortuit tant qu’elle dure.


Signes de mort

En général, l’arrêt de la respiration et l’absence totale de mouvements respiratoires sont les signes les plus évidents de la mort. Au moment de la mort, les muscles du visage sont détendus et il n’y a plus de mouvement nulle part. Parfois, peu de temps après le décès, on observe de légères convulsions musculaires, qui se dissipent après quelques minutes.

Le pouls du cou, parfois visible, se sera arrêté et on ne pourra plus sentir le pouls au poignet ou ailleurs. Il n’y aura pas de battement de cœur.

Quelquefois, les paupières ne se ferment pas complètement et restent à demi-fermées. C’est la position normale au repos. Les pupilles (le cercle noir du globe oculaire) sont larges et ne rétrécissent pas à la lumière.

Même quand la mort est arrivée, la famille et les proches voudront peut-être rester auprès du lit pour dire quelques mots. Il n’y a pas de mal à toucher le corps, et il n’y a pas lieu de précipiter le transport du corps avant que tout le monde ait eu l’occasion de faire ses derniers adieux.
Voir aussi : Après un décès

Contenu revu en juin 2010